Théorie du Centrage Méta-informatif - MIC

FAQ (Frequently Asked Questions)

Foire aux questions



PRÉAMBULE

     Il est d’usage d’emprunter à la logique élémentaire la définition du prédicat formel pour représenter les relations linguistiques de tout genre (syntaxiques, sémantiques et pragmatiques). Néanmons, nous critiquons cette pratique quand elle concerne la projection de la logique (langage artificiel) sur les langues (langage naturel). Autrement dit, nous considérons comme malfondée (car abusive) l'hypothèse selon laquelle le langage logique pourrait servir de modèle pour représenter les trois domaines recherches mentionnés plus haut tout en utilisant la méthode générative classique.

      Nous proposons notamment une théorie suffisamment générale qui permet de cerner le problème de la prédication en linguistique de manière plus adéquate. Notre proposition consiste à postuler dans le langage, à côté du niveau purement informatif (relationnel), l’existence d’un niveau méta-informatif (protocolaire). En effet, le fait de privilégier (s’intéresser davantage à) l’un des participants de la situation sémantique crée une méta-information. Les notions de Sujet et d’Objet reflètent le caractère séquentiel (linéaire) du discours par opposition aux représentations mentales des informations sémantiques qui semblent être de nature parallèle. Pour cette raison, nous définissons ces notions uniquement comme des centres d’intérêt liés par des relations de constituance (tout en réservant les relations de dépendance aux arguments des situations sémantiques ainsi qu’à leurs ancrages spatio-temporels). D’une manière générale, nous distinguons entre les centres d’intérêt des niveaux des:

(a) énoncés de base (contenant un sujet ou un sujet et un objet),
(b) énoncés étendus (
contenant un topique ou un topiaue et un focus)
(c) discours (
contenant thème général et, normalement, au moins aun thème particulier).

Or, la définition formelle (abstraite) du «prédicat» en logique s’écarte de sa définition d’origine tout en effaçant complètement le sens étymologique contenu dans le vocable «prédiquer».

A) Quels sont les éléments concernant le pouvoir explicatif de la MIC ?

-- portée théorique plus grande (plusieurs notions sont réunies au lieu des théories alternatives séparées)

-- explication de la topicalisation et focalisation en même temps qu'explication des constructions impersonnelles, passives et passives impersonnelles

-- explication de la structure syntaxique de l'énoncé de base en même temps qu'explication de la cohérence du texte (grâce au concept de centrage)

-- définition universelle du sujet, de l'ordre des mots comme marqueurs méta-informatif de premier ou second niveau.

-- explication cohérente (les notions réunies sont expliquées dans un cadre où elles constituent un tout formellement cohérent)

-- les phénomènes de clivage inexistants dans beaucoup de langues (ex. slaves, japonais) sont expliqués dans un cadre plus général (abstrait) qui permet de décrire les marqueurs variés (dont le clivage)

- explication de phénomènes non expliqués par d'autres théories

--explication des constructions ergatives en utilisant MIC mais qui ne sont pas traitées en général par les théories des structures discursives (mais par les théories sémantico-syntaxiques)

-- explication de la linéarisation de concepts informatifs, méta-informatifs et méta-méta-informatifs. Cette propriété de la théorie MIC permet de n'utiliser que la bipartition mais qui permet d'expliquer aussi la constituance des énoncés contenant plusieurs centres d'intérêt en même temps.

B) Quelle est la place du contexte dans la MIC ?

-- Le sens de toute unité sémiotique contient toujours (a) un noyau et (b) une périphérie (contexte).

-- La périphérie correspond donc à la partie du sens qui est "enracinement"(grounding) et à l'afinement suivant telle ou telle dimension de la représentation interne

-- Par conséquent, il n'est  possible de définir la distinction entre le contexte explicite et le contexte implicite que de façon locale.

C) Existe-t-il des énoncés sans topique ou focus ?

- Oui. C'est la position que la MIC défend. L'énoncé "Marie soigne Pierre avec de l'aspirine" a au moins deux contextes possibles (sans tenir compte de la prosodie avec laquelle on pourrait énumérer davantage de contextes).

D) Est-ce que la MIC fait bien la distinction entre la sélection et la combinaison ?

-- Oui. Tout comme on distingue souvent entre la syntagmatique et la syntaxe, la théorie MIC distingue entre la paradigmatique et la parataxe (cette dernière définie par rapport au discours).

-- La parataxe concerne les mêmes syntagmes que la syntaxe. Ici, ce qui est intéressant, c'est l'analyse pragmatique. Donc seuls les analyses des niveaux:

-- méta-informatif (celui de ce que nous définissions comme prédication, c-à-d en partant de la sélection des centres d'intérêt dont on peut prédiquer n'importe quoi (pas seulement des propriétés et des relations), ex.: dans 'l'énoncé étendu' « Ça, alors » prononcé avec une pause après "ça" (d'où la virgule), nous avons une structure à deux méta-niveaux linéarisés (ou aplatis) comme:

      (Topique="ça", (Commentaire (Sujet=Ø."ça", Prédicat="alors"))).

-- méta-méta-informatif (celui de l'énoncé étendu, c.-à-d. contenant un/des topiques et/ou focus).

E) Est-ce que la théorie MIC a un potentiel prédictif ?

-- Oui. Les informations concernant l'ordre canonique des mots dans un énoncé de base fournies par l'Atlas des Langues du Monde semblent confirmer la nature constitutive de la prédication (telle que redéfinie dans la MIC). En effet, ni l'ordre canonique OSV ni OVS ne semblent attestés. Ceci est dû au fait que l'ADP (Attention-Driven Phrase = syntagme corresponant au centre d'intérêt) local ne peut précéder l'ADP global (dans un énoncé de base).

 -- On peut croire que les cas plutôt rares des langues (de l'Atlas) qui semblent contredire cette règle pourraient être expliqués par le fait que certaines langues présentent des structures mixtes (ergative/nominatives etc.) ou même simplement par la possibilité d'erreur de description des ces langues.

F) Qu'est-ce que la théorie MIC apporte de nouveau par rapport aux théories de "Information/Discourse Structure" ?

-- La théorie MIC permet d'expliquer le rapport entre le statut old/new qui est de nature méta-informative (et non simplement informative) et qui est lié directement à la structure de l'énoncé/texte:
    (a) l'anaphore et la cataphore,
    (b) la progression de la transmission des connaissances entre le destinateur et le destinataire (known/unknown)
    (c) l'accommodation - la nature du réel ou le fondement référentiel (ou ontologique), c'est-à-dire les valeurs générique/spécifique, général/particulier et potentiel/actuel.

G) Quelles sont les motivations de l'utilisation de la méta-information ?

-- C'est grâce à cet "enracinement meta-informative" ainsi que grâce à la distinction systématique entre l'énoncé de base (base utterance) et l'énoncé étendu (extended utterance) qu'on peut espérer une meilleure cohérence dans l'explication des phénomènes de déplacement des centres d'intérêt. L'apport de la MIC consiste à préciser qu'un sujet ou un objet déplacé n'est plus un simple sujet ou objet mais devient un centre d'intérêt de l'énoncé étendu (topique ou focus). La MIC a pour but non de remplacer les descriptions antérieures par d'autres mais d'intégrer toutes celles qui semblent pertinentes en un ensemble cohérent et formalisé  (on ne s'étonnera donc pas d'y trouver ça et là des choses que les autres linguistes ont déjà dites)

H) Est-il normal d'attribuer le statut "new" au focus ?

-- Ceci  est un autre point important: la MIC ne met pas un signe d'équivalence pure et simple entre le statut méta-informatif "new" et le focus. Toute information nouvelle n'est pas focalisée (n'est pas une méta-méta-information). Certains linguistes (par ex. des travaux en LFG dès les années 1980) ont mentionné la nécessité de combiner deux paramètres (old/new et prominent/non prominent). Par rapport à "prominent", la théorie MIC explique que pour faire un topique ou un focus (pas seulement d'ailleurs à partir du sujet ou de l'objet), en plus du statut old/new, il faut introduire le centrage ("mise en valeur"). L'existence de cette mise en valeur est souvent marquée par les propriétés prosodiques des syntagmes concernés.

G) Quelle est la différence entre le sujet et le topique ?

Pour distinguer le sujet du topique, il y a même deux critères comme suit:
    -- Le sujet est le centre d'intérêt principal de l'énoncé de base et le topique est le centre d'intérêt principal de l'énoncé étendu. Chacun d'eux appartient à un différent niveaux du discours.

-- Le Sujet représente le centre d'intérêt dont le statut communicatif peut-être "old" ou "new", tandis que le statut du Topique ne peut-être que "old".